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Du pari en démocratie
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Du pari en démocratie

Peu de gens le savent, mais j’ai une véritable passion/fascination pour la finance. À une période où je ne savais trop que faire j’ai passé l’agrément de l’Autorité des Marchés Financiers puis je me suis retrouvé admissible aux oraux lors du concours pour la direction scientifique de la Banque de France (j’avais beaucoup apprécié le sujet de l’écrit : la titrisation). Entre autres.

Alors, quand apparait une plateforme promettant de tout financiariser, y compris la politique, je ne peux que m’y intéresser.

J’ai déjà parlé de Polymarket lors des élections municipales puisque les scrutins de certaines grandes villes françaises faisant déjà l’objet de paris. Mais cette fois-ci nous passons à l’échelle supérieure.

 

50 millions d’euros

C’est fait, ce lundi 4 mai 2026, la barre des 50 millions d’euros en jeu pour l’élection présidentielle de 2027 vient d’être franchie sur Polymarket.

Cette plateforme de marché prédictif, normalement interdite aux utilisateurs français, permet en effet de parier sur des évènements (géo)politiques, et parfois d’engranger des profits substantiels.

Vous me direz « c’est un pari comme un autre, il n’y a rien de bien méchant ». Pourtant, les preuves de l’influence de ces marchés sur la démocratie s’accumulent déjà.

Pour comprendre le problème il faut revenir sur le fonctionnement de ces marchés.

 

Quelle influence sur la démocratie ?

Selon Shayne Coplan, PDG de Polymarket, sa plateforme est « la chose la plus précise que l’humanité a pour le moment ». Et ses concurrents de Kalhi ne disent pas le contraire.

Cette affirmation plutôt osée repose sur deux hypothèses : la sagesse des foules et le marché efficient.

Nous pouvons résumer la première comme étant l’idée qu’un grand nombre de personnes, peu importe leur parcours, est en mesure de répondre de façon plus juste à une question qu’un petit nombre de spécialistes.

La seconde est que le prix d’un actif est le reflet de toute l’information disponible sur celui-ci. Si cela est vrai, alors il est impossible de faire mieux que le marché.

Dans un marché financier, ceux ayant prédit la bonne issue remportent la mise, les autres perdent tout. Réunir suffisamment de parieurs, avec une somme d’argent conséquente, est censé permettre de s’approcher de la vérité.

De plus, ces plateformes sont neutres dans la mesure où elles n’ont aucun intérêt à ce qu’une issue se réalise plutôt qu’une autre. Les parieurs jouent entre eux, pas contre les plateformes. Leur rôle n’est qu’une mise en relation, comme un véritable marché financier.

 

La médiatisation des marchés prédictifs

C’est pourquoi certains médias Américains (CNN, CNBC, Wall Street journal) ont signé des partenariats avec ces plateformes afin de pouvoir citer l’évolution des prédictions dans leurs actualités.

D’ailleurs, Google prévoit d’intégrer les données de ces plateformes dans ses résultats de recherche.

Si en politique on peut être critique des sondages, alors que dire lorsque les paris deviennent une information considérée comme fiable ?

Cela peut conduire à renforcer l’écart de soutient entre les candidats les mieux placés (un ou deux) au détriment des autres. Le risque est ainsi de construire la réalité politique, plutôt que de la refléter.

 En lien direct, et se renforçant mutuellement, l’utilisation dans les médias de ces prix comme baromètre politique s’ils sont perçus comme plus précis que les sondages. Or, contrairement aux sondages, dans les marchés prédictifs un seul individu pariant d’un coup une somme importante fera fortement bouger le curseur.

C’est aussi la porte ouverte à des financements illégaux de campagne : il est tout à fait envisageable de lever des fonds qui serviraient à faire grimper la cote d’un candidat et/ou faire baisser celle d’un concurrent.

Enfin, à l’heure où les ingérences dans les campagnes électorales sont de plus en plus à craindre, que dire de la souveraineté si le monde entier peut parier sur n’importe quelle élection, en tirer un profit pécunier et potentiellement l’influencer ?

Affaire à suivre.

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